Patrick Modiano – sélection folio après son Nobel en 2014

Publié le par Christian Dechartres, cd-lmdp

Patrick Modiano nous revient avec Chartreuse. C’est l’occasion de revisiter son œuvre. Pour le plaisir, je reviens sur les quatre ouvrages sélectionnés par folio à l’occasion du prix Nobel de 2014.

 

 

Voici les incipit de :

  • Rue des Boutiques Obscures, Prix Goncourt 1978
  • Dora Bruder
  • La place de l’étoile, Prix Roger Nimier et prix Fénéon
  • Un pedigree

 

 

 

Rue des boutiques obscures

Je ne suis rien. Rien qu’une silhouette claire, ce soir-là, à la terrasse d’un café. J’attendais que la pluie s’arrêtât, une averse qui avait commencé de tomber au moment où Hutte me quittait.

 

Dora Bruder

Il y a huit ans, dans un vieux journal, Paris Soir, qui datait du 31 décembre 1941, je suis tombé à la page trois sur une rubrique : « D’hier à aujourd’hui ». Au bas de celle-ci, j’ai lu :

« PARIS

On recherche une jeune fille, Dora Bruder, 15 ans, 1 m 55, visage ovale, yeux gris-marron, manteau sport gris, pull-over bordeaux, jupe et chapeau bleu marine, chaussures sport marron. Adresser toutes indications à M. et Mme Bruder, 41 boulevard Ornano, Paris. »

 

La place de l’étoile

C’était le temps où je dissipais mon héritage vénézuélien. Certains ne parlaient plus que de ma belle jeunesse et de mes boucles noires, d’autres m’abreuvaient d’injures. Je relis une dernière fois l’article que me consacra Léon Rabatête, dans un numéro spécial d’Ici la France : « … Jusqu’à quand devrons-nous assister aux frasques de Raphaël Schlemilovitch ? Jusqu’à quand ce juif promènera-t-il impunément ses névroses et ses épilepsies, du Touquet au cap d’Antibes, de La Baule à Aix-les-Bains ? Je pose une dernière fois la question : jusqu’à quand les métèques de son espèce insulteront-ils les fils de France ? Jusqu’à quand faudra-t-il se laver perpétuellement les mains, à cause de la la poisse juive ? … »

 

Un pedigree

Je suis né le 30 juillet 1945, à Boulogne-Billancourt, 11 allée Marguerite, d’un juif et d’une Flamande qui s’étaient connus à Paris sous l’Occupation. J’écris juif, en ignorant ce que le mot signifiait vraiment pour mon père et parce qu’il était mentionné, à l’époque, sur les cartes d’identité. Les périodes de haute turbulence provoquent souvent des rencontres hasardeuses, si bien que je ne me suis jamais senti un fils légitime et encore moins un héritier.

 

Christian Dechartres – écrivain public – http://cd-lmdp.over-blog.fr

 

Pour le plaisir de partager la passion de l’écriture.

 

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