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les editions de minuit

« Des hommes » de Laurent Mauvignier - 2009

Publié le par Christian Dechartres, cd-lmdp

 

Ils furent appelés en Algérie pour mettre un terme aux « événements » - c’est ainsi que l’on nommait cette guerre. Beaucoup reviendront traumatisés par les actes qu’ils furent contraints de commettre.

 

Extraits :

 

Revenir à la vie civile : « Lui qu’on avait connu si grande gueule et hautain, c’était comme si un ressort avait été cassé à force d’avoir été trop tendu, trop remonté.. »

 

Après avoir vécu ça : « Le lieutenant arrache un bébé des bras d’une femme - au départ elle résiste, elle retient l’enfant, ses bras, ses mains accrochées au corps de l’enfant et le lieutenant qu’un soldat vient aider, repoussant la femme à coups de crosses dans le bras, dans les épaules, pour qu’elle lâche, qu’elle cède, et enfin elle cède et s’écroule et le lieutenant prend le bébé, il le soulève, le brandit par le cou, d’une seule main, les vieux et les femmes se redressent mais les soldats pointent les canons et le lieutenant lève les bras plus haut encore et on voit le bébé et les bras minuscules, les jambes minuscules qui s’agitent. »

 

Pourquoi ces méthodes ? : « Il se demande si une cause peut être juste et les moyens injustes. Comment c’est possible de crier que la terreur mènera vers plus de bien. »

 

Ancré dans la mémoire : « Et alors on verra des images et on sentira des odeurs et on aura des pensées qui s’imprimeront dans la mémoire aussi profondément que les lames des fells dans la chair des malheureux. »

 

L’horreur : « … des hommes ont fait ça, sans pitié, sans rien d’humain, des hommes ont tué à coups de hache, ils ont mutilé le père, les bras, ils ont arraché les bras, et ils ont ouvert le ventre de la mère et… »

 

Des hommes ? : « On était dans un entonnoir et ça allait tellement vite, c’est là qu’on a arrêté de parler des fells, là qu’on a dit bougnoules ou moricauds, tout le temps, parce que cette fois, pour nous autres, on avait décidé que c’était pas des hommes. »

 

De l’atrocité : « Nicole, tu sais, on pleure dans la nuit parce qu’un jour on est marqué à vie par des images tellement atroces qu’on ne sait pas se les dire à soi-même. »

 

Du départ de l’oppresseur : « Quand les Allemands ont quitté la France, ce bonheur, la liesse, le grand bonheur dont est capable la foule quand elle déborde d’elle-même, je me souviens de ça, l’émotion si folle, si belle, des Algériens. »

 

Tout laisser : « … en France on les verrait venir, les colons, ceux qui se dépêchaient de revendre une misère, avant de partir, des commerces qu’ils abandonnaient la rage au ventre, la mort dans l’âme, toute leur vie et les corps des ancêtres moisissant dans des cimetières qu’on ne verrait jamais plus et que les herbes vont ravager. »

 

Faire produire l’inimaginable : « On se souvient des harkis qu’on nous a obligés à faire descendre des camions qui partaient, et aussi les coups de crosse pour qu’ils ne montent pas dans les camions, leurs cris, la stupeur, l’incrédulité sur les visages, ils n’y croyaient pas, on n’y croyait pas non plus et pourtant on le faisait. »

 

« Je n’ai pas laissé autre chose que ma jeunesse là-bas. »

 

Espoir ? : « Ne plus entendre le bruit des canons ni les cris, ne plus savoir l’odeur d’un corps calciné ni l’odeur de la mort - je voudrais savoir si l’on peut commencer à vivre quand on sait que c’est trop tard. »

 

Laurent Mauvignier nous plonge dans l’univers de ces appelés envoyés dans ce déluge d’atrocités. Le retour de ces jeunes hommes s’est fait sans préparation. Ils vivront des cauchemars jusqu’à la fin de leurs jours. D’aucuns ne supporteront pas et mettront fin à leurs jours.

Livre poignant et instructif.

 

Christian Dechartres - écrivain public - https://www.cd-lmdp.fr/ - https://cd-lmdp.over-blog.fr

 

« La vérité ruine souvent nos illusions, mais nous ouvre toujours les yeux pour qui veut voir. » F. Ntasamara

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