LE GRAND MERDIER de Louis Leprince-Ringuet

Publié le par Christian Dechartres, cd-lmdp

Les bonnes lectures du confinement

 

Notre vie quotidienne est nourrie de bagarres politiques, de petites phrases, de matraquages dramatiques. La mondialisation conditionne nos journées. Comment sortir du « grand merdier » où nous sommes ? Telles sont les questions que se posait Louis Leprince-Ringuet dans cet ouvrage écrit en 1978. Le lire aujourd’hui - en pleine crise - nous montre combien il avait raison. Nous ne pourrons nous en sortir que grâce au combat de chacun d’entre nous.

 

Louis Leprince-Ringuet avait été élu à l’Académie Française en 1966 ; il est l’auteur de nombreux ouvrages à caractère scientifique.

 

Voici quelques extraits significatifs du « Grand Merdier » :

 

Nourriture intellectuelle

Revenons aux livres […] Je les lis lentement, les annote, les garde à proximité, en reprends quelques passages, approuvant ou réprouvant, nourriture constamment présente. Ces livres sont comme de vrais amis ; ils ne peuvent être que peu nombreux comme sont les vrais amis. […] La télévision n’en viendra pas à bout, elle qui présente un spectacle captivant mais fugitif.

 

L’information

Mais, si certains d’entre nous ont la chance de vivre en contact avec la précision, la perfection, combien d’autres œuvrent dans l’à-peu-près. La cadence agitée de nos grandes villes, nombre de professions ou d’occupations liées à cette agitation, ne permettent pas l’approfondissement. Ainsi, le journaliste qui doit écrire son papier dans l’heure qui suit, sur un sujet souvent mal connu de lui, n’a pas la possibilité de travailler sérieusement[1], même s’il le désire.

 

Esclaves modernes

Pour vivre librement, il ne suffit pas de disposer de la possibilité d’être libre. Tout apprentissage est nécessaire, qui ne s’arrête pas au sortir de l’école. On le voit bien : que de gens parmi nous sont des esclaves ! Esclaves de leurs désirs, de leurs petites habitudes, voire de leurs manies, esclaves de leur égocentrisme, de leurs pulsions, de leurs routines, de leur arrivisme ; enfin, pour beaucoup, esclaves de l’argent. Que de vedettes, d’hommes politiques sont attachés au désir de paraître… Combien d’entre nous cherchent à gagner toujours plus d’argent !

 

Dépendance

Le formidable brassage qui s’opère, inéluctablement, dans notre monde, transforme les données de tous les problèmes ? Qu’ils soient politiques, économiques, sociaux, militaires, ils se posent différemment de décennie en décennie. Croire que l’on peut continuer à vivre chez nous sur notre lancée, est une sinistre illusion. Hélas, beaucoup de nos compatriotes, probablement séduits par leur confortable routine, semblent s’imaginer que rien de grave ne viendra la perturber à court et moyen terme. Ils sont atteints d’une myopie inquiétante.

 

Vivre en autarcie

Nous aurions davantage de libertés si nous pouvions vivre en autarcie, c’est-à-dire toutes frontières fermées, toutes transactions contrôlées par l’État. Mais nous avons vu que cette situation est absolument exclue. Et pourtant, fermer progressivement les frontières, établir des barrières pour nous protéger des importations concurrentes sera toujours tentant pour un pouvoir soucieux de suivre les revendications des travailleurs. […] Les expériences de nos voisins sont encore récentes et nous en gardons le souvenir.[2]

 

  • Comment sortirons-nous du « grand merdier » dans lequel nous sommes tous plongés et où beaucoup, peut-être, se complaisent ? Louis Leprince-Ringuet, avec une clarté et une lucidité dont notre époque a quelque peu perdu l’habitude, nous interpellait en 1978 comme il pourrait le faire aujourd’hui sans changer son texte[3].

 

Observateur de la comédie humaine.

 

« Quelle merveilleuse harmonie règne dans l’univers. Bien que pris dans le détail ça fasse un fameux merdier. »

René Barjavel

 

[1] Que dirait-il aujourd’hui des chaines d’info en continu, des réactions instantanées dénuées de fondement ?

[2] Il fait ici allusion aux expériences fascistes encore dans les mémoires.

[3] À quelques petits détails près.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article