Qu’est-ce qui vous fait avancer ? Qu’est-ce qui permet aux hommes de réaliser leurs rêves ? Qu’est-ce qui peut ruiner nos vies ? L’HISTOIRE nous fournit des réponses. Examinons, analysons les faits qui bouleversent notre société. Les lectures les plus diversifiées ouvrent notre esprit sur le Monde. Lire a tant de mérites : imaginer, apprendre, rêver…
Inspiré par Françoise Giroud
Regardez-vous. Vous êtes là, assis avec vos certitudes en bandoulière, convaincu que le monde tourne selon l’idée que vous vous en faites. C’est confortable, n’est-ce pas ? C’est même douillet. Mais c’est une prison.
Nous flottons tous à la surface des choses, effleurant l’écume de savoirs que nous croyons posséder, alors que l’abîme de notre ignorance est, lui, proprement gigantesque. Nous ne connaissons rien, ou si peu. Et pourtant, nous jugeons. Nous condamnons. Nous affirmons.
Savez-vous ce qui nous manque le plus, entre deux indignations de salon ? L’humilité. Pas celle des dévots, non. L’humilité de l’esprit. Ce doute permanent, cette petite musique intérieure qui devrait nous murmurer à chaque instant : « Et si je me trompais ? »
Oh, je vous vois venir. Vous me direz que tout remettre en cause, tout le temps, c’est s’épuiser à ne rien bâtir. Que l’on ne peut pas vivre en équilibre sur une faille sismique. Certes. Mais regardez comment nous fonctionnons : notre cerveau est un greffier paresseux et partial. Il ne note que ce qui l’arrange. Il ne retient que ce qui caresse vos préjugés dans le sens du poil. C’est ce qu’on appelle le confort, et le confort est le tombeau de la pensée.
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Pourquoi ces informations frelatées prennent-elles si bien sur le terreau de nos esprits ? Parce qu’elles nous donnent raison. Et rien n’est plus délicieux que d’avoir raison, n’est-ce pas ? On s’enivre de notre propre clairvoyance, tandis que notre accès au réel, au vrai, au complexe, diminue à vue d’œil. On finit par vivre dans une chambre d’échos où seule notre propre voix nous revient, déformée et rassurante.
Alors, comment s’en prémunir ? Comment ne pas devenir les idiots utiles de nos propres croyances ?
Il n’y a pas de miracle. Il n’y a que le travail. Chercher la source, non pas celle qui vous plaît, mais celle qui fait autorité. Croiser les fers, confronter les chiffres, aller lire chez l’adversaire ce qu’il a à dire avant de lui jeter la pierre. La lucidité n’est pas un état de grâce, c’est une gymnastique quotidienne. C’est douloureux, c’est ingrat, et cela demande un courage que peu possèdent : celui d’admettre qu’on a pu être dupe.
La question n’est pas de savoir si vous êtes intelligent. La question est de savoir si vous êtes assez lucide pour douter de votre propre intelligence. Le reste n’est que littérature. Ou pire : de l’opinion.
Christian Dechartres - écrivain public - https://cd-lmdp.over-blog.fr