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International
60ème anniversaire de l’armistice oublié en Corée
Paix en sursis depuis 1953
Un armistice sans vainqueur, une paix qui se fait attendre : le lieutenant Rahmani nous plonge dans l’histoire de cette tragédie qu’il a vécue. Le pays du matin calme n’a jamais si mal porté son nom…
Le 27 juillet 1953, l’armistice de Panmunjom mettait fin à la guerre de Corée.
Le lieutenant Rahmani, « acteur » du conflit de Corée de 1952 à 1953 répond aux questions récurrentes : mais quelle est donc l’histoire de cette Corée – souvent à la Une - coupée en deux ? Quel est son devenir ?
Au fil des interviews, le lieutenant Rahmani souhaite faire comprendre l’histoire oubliée et tronquée. Par son témoignage, il veut frapper les esprits pour que de telles atrocités ne se reproduisent plus et rendre la parole aux réalités de l’histoire.
Il s’appuie sur son expérience personnelle et sur quantité de documents d’archives pour répondre aux interrogations sur le déroulement de cette guerre.
Pourquoi cette guerre ?
Christian Dechartres : Tout d’abord, Monsieur Rahmani, pouvez-vous nous expliquer les raisons de ce conflit.
A. Rahmani : « Pour ce faire, je vais reprendre des extraits de conférences que j’ai données à mon retour de Corée. Dans la succession des événements, vous comprendrez pourquoi ce conflit était devenu inévitable.
« Les coréens attaquent un navire japonais en 1875. Excellent prétexte pour le Japon d’évincer les chinois. Première démonstration navale efficace en Corée…
« Le Japon obtient alors l'ouverture de plusieurs ports au commerce japonais, mais sans l'approbation de Pékin. Les émeutes xénophobes qui en découlent motivent l'envoi de troupes japonaises à Séoul en 1882.
« La situation ne pouvait se prolonger sans conflit. Le Japon attaque par surprise la flotte Russe en 1904, débarque ses forces terrestres en Corée. La célèbre bataille navale de Tsushima en mai 1905 donne la victoire écrasante au Japon par le traité de Portsmouth en septembre 1905 ; les Russes ont perdu leur flotte de la Baltique dans cette bataille, leur prestige est durement atteint. Pratiquement, dès lors, la Corée devenait protectorat du Japon, confirmé officiellement le 22 août 1910.
« Les 40 années de domination japonaise n'ont pas contribué au redressement de la condition sociale des Coréens. Après la défaite de l'impérialisme japonais, la voie était ouverte à un ordre nouveau qui allait dépendre de l'entente ou mésentente entre les deux grandes puissances mondiales : la Russie et l'Amérique.
« Comment se présente la situation ? les accords de Yalta du 11 février 1945, délimitaient à l'une et à l'autre des parties leur zone d'influence respective.
« Mais la décision russe à Yalta de participer à la guerre en Extrême-Orient introduit la convention d'établir en force une ligne de démarcation, le 38ème parallèle. Le Nord aux Russes, le Sud aux américains. C'est le 12 août 1945 – sans attendre la reddition du Japon - que les Russes entraient par le Nord en Corée et le 8 septembre que les américains débarquaient au Sud. Le 10 septembre, le Gouvernement Général japonais signait l'acte de capitulation des troupes japonaises en Corée.
« Les vainqueurs se réunirent à Moscou le 28 octobre 1945 : pendant une période transitoire qui n'excéderait pas 5 ans, la Corée serait placée sous un régime de tutelle à 4 (Etats-Unis, Russie, Grande-Bretagne, Chine).
« Que sont devenues les décisions de la conférence de Moscou relatives à la création d'un Gouvernement coréen unifié ? La 1ère conférence des représentants américains et soviétiques eut lieu le 20 mars 1946 à Séoul. Elle échoua sur les conditions de consultations des partis et organisations démocratiques coréens.
« L'O.N.U. à la 2ème session le 15 septembre 1947 : une commission temporaire est désignée pour se rendre en Corée avec mission d'enquêter sur le système des élections en vue de la formation du gouvernement national et sur la conclusion d'accords pour le retrait des troupes d'occupation.
« Les élections coréennes eurent lieu quand même, le 10 mai 1948 à raison d'un observateur pour 14.000 électeurs. Mais elles se limitèrent à la Corée du Sud.
« Le 31 mai, l'assemblée nationale coréenne est instituée avec pour Président Syngman Rhee.
« Elle adopte une constitution le 12 juillet et le 5 août 1948 le gouvernement est définitivement désigné. Il est reconnu comme légal par l'ON.U. et plusieurs membres des Nations Unies.
« Restait le retrait des troupes occupantes comme le stipulait la résolution de l'O.N.U. Les troupes soviétiques se retirèrent le 25 décembre 1948 en laissant la place à une armée « populaire coréenne» bénéficiant de 1.500 conseillers militaires soviétiques. Le retrait des troupes américaines contrôlé par la commission fut achevé le 29 juin 1949. 500 membres des forces U.S. sont laissés pour l'instruction des troupes sud-coréennes.
« Le 19 avril 1948, par l'organisation d'une conférence mixte à Pyang-Yang, la Corée du Nord avait tenté un effort d'unification. Le 29 juin 1948, une nouvelle conférence avait été organisée par la Corée du Nord. Cette fois le Sud avait refusé de se faire représenter.
« La tension internationale due aux relations entre les Etats-Unis et l'Union soviétique devait trouver un exutoire quelque part sur la planète, l'application du plan Marshall en Europe Occidentale, alors que l'Union soviétique n'y participait pas, accentua la division entre les deux camps et eut son impact sur les causes du conflit.
« L'O.N.U., après un ordre de cesser le feu aux deux belligérants sans résultat, décide l'intervention des Nations Unies le 27 juin 1950. Mais les américains avaient déjà décidé leur intervention le 26 juin.
« La France subissait alors une crise gouvernementale après la chute du cabinet Bidault le 25 juin. La guerre d’Indochine battait son plein et la France manquait de militaires. Ce conflit s’intégrait dans la guerre froide, la Chine et l’URSS d’une part et la France aidée militairement et financièrement par les Américains. »
Fin de la 1ère partie. A suivre.
Christian Dechartres – www.cd-lmdp.fr – 06.11.48.77.63.