Régis Roquetanière : un concept audacieux pour les élections municipales

Publié le par Christian Dechartres, cd-lmdp

Château

A cinq mois de l'élection municipale les partis politiques tentent de nous faire croire que les jeux sont faits, qu'il n' y a pas d'autre issue que la "victoire regrettable"  d'un parti dit extrémiste

Petites manouvres et anathèmes ne font pas une politique de rechange. L'affaiblissement de la démocratie est incontestable depuis que les partis politiques ont confisqué le droit d'expression des citoyens. Ce sont les partis qui font d'un scrutin qui concerne la vie locale une consultation de caractère idéologique de portée nationale. Leurs intérêts de groupe priment tout. Dans la plupart des communes rurales des candidatures partisanes sont hypocritement masquées sous les vocables non certifiés que sont par exemple, l'apolitisme, le rassemblement citoyen ou  l'intérêt local. Ces listes de toutes tendances sont pilotées par des personnes liées officiellement ou non  à une sensibilité politique qu'elles n'avouent pas mais à laquelle elles se rattachent et se soumettent notamment via les communautés de communes ou d'agglomération ou lors des scrutins réservés aux grands électeurs.

Certes, la liberté d'association garantit le droit de défendre ses convictions. Chaque organisation est fondée à user de sa différence pour en faire un atout et un moyen de ralliement.  Mais les partis politiques défendent  des dogmes c'est à dire des choix fermés présentés comme étant intangibles.  Quelques vérités et beaucoup d'approximations leur ont permis d'accaparer tous les rouages de la démocratie en troublant volontairement les électeurs. La majorité de nos compatriotes souffre de cette situation et cherche depuis des années à recouvrer la plénitude de ses droits par l'abstention, le vote contre, nul, blanc ou approximatif

Il ne s'agit pas de juger les partis politiques. Ils contribuaient au bon fonctionnement de la démocratie tant qu'ils proposaient des idées neuves. Ce qui pose problème c'est qu'ils se contentent de paralyser sur des sujets largement éculés, le processus électoral. De force de propositions, ils se sont transformés en officines ne reculant devant aucune mauvaise pratique pour  conserver leurs privilèges. Leur rôle se réduit à capter les suffrages pour assurer les recettes dont ils ont besoin pour faire bonne figure dans la compétition électorale devenue onéreuse. Par souci d'efficacité, les techniques marketing les plus savantes les conduisent à simplifier leurs raisonnements. Leurs discours deviennent circulaires et interchangeables. Défendre des idées neuves est pour eux devenu secondaire. La vie politique s'est  perdue dans la professionnalisation et la vénalité.  Les grands médias, le plus souvent aux ordres de groupes financiers internationaux gigantesques contribuent à créer des différences artificielles et jouent avec la vérité quand cela les arrange. Réduits à la fonction d'organes de propagande ils orientent et canalisent les suffrages. Les "victoires" électorales ne règlent  plus rien et ne sont, vis à vis des électeurs, que des compromis médiocres qui débouchent assez fréquemment sur de vraies trahisons.

Que les citoyens se détournent des mauvaises pratiques des  partis politiques est sain. Il est temps de redonner du sens et du poids à l'article 4 de notre Constitution qui stipule que les partis "concourent à la vie politique" et n'en sont donc pas le moyen exclusif...

Actuellement, chacun peut constater que la démocratie est affaiblie, dévoyée, à peine tolérée. Ceux qui devraient la protéger s'affranchissent de ses règles contraignantes dès qu'ils accèdent au pouvoir. Les exemples abondent : remise en cause du résultat du référendum de 2005, bellicisme sans l'aval des citoyens dans l'action militaire envisagée et non terminée en Syrie, massacre des populations en Lybie entrainant la désintégration politique, sociale et humaine de ce pays, sordide blanc-seing offert aux fanatiques en tous genre.

Les "convictions" sont le fonds de commerce interchangeable des partis politiques. Leurs adhérents sous prétexte de discipline et de cohérence et d'efficacité sont invités à se soumettre aux décisions qu'ils reçoivent des dirigeants. C'est-là un asservissant incompatible avec le statut de citoyen. Ce dernier reste, en droit,  le seul détenteur de la légitimité démocratique. Dans leur fonctionnement extérieur et interne les organisations politiques usent et abusent des rapports de force ce qui est incompatible avec l'exercice de la citoyenneté basée sur le sens critique. L'intérêt d'un projet ne se mesure pas à la faculté qu'on a de l'imposer mais à sa légitimité c'est à dire s'il est juste, utile et en mesure d'apporter un progrès. Les clubs de pensée et les groupes de pression qui, en France et partout dans le monde  recrutent les cerveaux disponibles  pour en faire des "dirigeants" n'ont pas davantage de scrupules. La vie politique est réduite à la diffusion d'arguments rodés destinés à des citoyens captifs. L'argent, les médias aux ordres et les intérêts égoïstes, parfois millénaires font le reste. Les liaisons avec les systèmes mafieux sont nombreuses et prouvées

Voilà comment s'accomplit au quotidien le hold-up sur la démocratie.

C'est pourquoi, dans les faits, les choix proposés et mis en œuvre par le "métier politique" se ressemblent. Personne ne  combat vraiment le marché-roi. Les alternances sont factices y compris celle qui viendrait d'un prétendu extrémisme a-démocratique.  Le petit monde politique ne cherche qu'à durer et à conserver  ses privilèges. Les programmes de chaque parti ont leurs particularités mais ce ne sont que des arguments de vente ou des propositions négligeables réduites à quelques slogans. Le  progrès social voulu par le Conseil National de la Résistance est systématiquement discrédité et appauvri, assimilé à une charge alors qu'il n'est que le prix raisonnable de la paix sociale particulièrement nécessaire dans un monde de compétition. Notre pays est plus riche que jamais mais les serviteurs du néo-libéralisme tentent de démontrer qu'il est impossible de réduire significativement les écarts d'inégalité injustifiés. Ceux qui s'opposent à l'ordre dominant, malgré un discours vif, n'ont encore formulé aucune proposition claire ni choisi, ni développé une argumentation positive. Est-il justifié de leur faire confiance en l'état d'autant que sans un minimum de transversalité politique la dictature n'est jamais loin ?

Sortir de l'enlisement dans lequel nous tient le système partisan, vieux de deux cents ans passe par une innovation civique forte et populaire permettant l'implication de chaque citoyen, en toute liberté. Donner à sa vie non seulement un sens et une qualité mais aussi une éthique librement choisie ne doit pas rester un slogan mais devenir une pratique effective. Ni la loi, ni les organisations politiques ne peuvent tenir le peuple en situation d'infériorité comme c'est le cas aujourd'hui

En apparence, ces considérations sont loin de l'élection municipale. Pourtant c'est à partir de ce scrutin "plancher" que la parole citoyenne est muselée. Ne pas prendre en compte la commune comme base de la lutte contre la dictature des intérêts matériels serait une erreur et une faute vis à vis d'une redistribution possible et indispensable du pouvoir à tous les échelons.

La base de notre vie publique c'est la commune. De là doit venir la solidité des étages supérieurs d'une démocratie vivante. Accorder  à l'élection municipale la plus grande attention est donc avisé. C'est pourquoi il est indispensable et urgent d'ouvrir dès maintenant la vie publique communale à des pratiques qui interdisent la récupération du pouvoir au bénéfice des détrousseurs de la démocratie. Tant que les forces politiques classiques enfermées dans leurs médiocres pratiques contrôleront la vie publique nous n'avancerons pas. Le changement ne viendra pas de la création d'un nouveau parti. Sans règles  et pratiques nouvelles celui-ci sombrerait aussitôt dans les travers de ses aînés. Ce n'est qu'en faisant confiance au citoyen, en reconsidérant son rôle et ses responsabilités qu'il est possible de progresser. Cela vaut mieux que tous les programmes.

Voilà pourquoi le citoyen doit se réveiller et donner son avis  éclairé et motivé aussi souvent que possible y compris sur les sujets sur lesquels on ne le sollicite pas. Remettre en cause les veilles habitudes consiste à créer un cadre qui facilite ce droit d'expression en instaurant une procédure  ou plus modestement une modalité nouvelle qui en facilite l'exercice.

Soyons concrets. Les projets auxquels chacun tient méritent d'être listés et hiérarchisés sans idée préconçue.  Sur le plan pratique, dans une commune, les citoyens s'assemblent et font connaître leurs préférences. Toutes les propositions sont notées. Un pré-référendum de fait permet de déterminer les choix communs les plus fréquents. Des orientations se dégagent qui favorisent la convergence de différentes thématiques. Les sujets ajournés sont actés pout être traités à terme. Les projets retenus, peu nombreux, sont ceux qui devront être absolument réalisés pendant le mandat. Ils sont mis en exergue et validés thème par thème. Les décisions qu'il convient de mettre en œuvre  sont datées et consignées dans un CAHIER D'EXIGENCES. Les électeurs de la commune  qui approuvent ces projets, les valident par un vote à bulletin secret. Le cahier prend alors valeur de contrat de mandature et s'impose en tant que tel aux candidats de la liste.  

A cet instant les candidats ne sont pas connus. Les manouvres et les égo qui empêchent trop souvent la prise de décisions sereines, équilibrées, partagées ont été évitées. Les  positions liées à ou issues d’un rapport de force extérieur n'ont plus prise. Les partis politiques ne pèsent plus sur le débat de façon directe et décisive, ni les lobbys, ni les religions...Les accords croisés sont réduits à néant. La formulation de projets précis devient possible sans déformation,  même dans une circonscription importante. La liberté de tous en sort renforcée. C'est alors et alors seulement que les électeurs qui ont validé le cahier d'exigences peuvent proposer leur candidature en s'inscrivant sur une liste ouverte. Etre candidat est une décision personnelle. Personne ne peut être contraint d'exercer une responsabilité dont il ne veut pas.

Comment libérer en quelques semaines la vie publique des forces qui l'accablent ?

La désignation des candidats par TIRAGE AU SORT PARTAIRE est la réponse adaptée.  C'est un moyen simple et facile à mettre en œuvre qui  permet en toute légalité et de façon pratique de déposséder les forces traditionnelles de leur toute puissance. Les candidates et candidats issus de ce tirage au sort sont responsables devant leurs mandants, les citoyens de leur circonscription. Ils sont révocables en  cours de mandat, selon des règles qui doivent être préalablement et contractuellement définies, s'ils dérogent au contrat de mandature ou sont dans l'impossibilité d'exercer les responsabilités qui leur ont été confiées. Face à l'électeur ce n'est plus le représentant d'un parti qui porte la parole mais un citoyen mandaté. Son mandat  est précis, calé sur des exigences écrites. Sans être impératif, il est assez fort pour permettre de suivre une orientation clairement définie et assez souple pour faciliter une gestion quotidienne paisible. Le tirage au sort paritaire permet de mettre fin aux carrières électorales et au cumul des mandats. Le risque de présenter plusieurs fois la même personne à une candidature devient infinitésimal. Les partis politiques peuvent toujours promouvoir leurs candidats et exposer leurs programmes. Les citoyens sauront faire la différence entre un candidat pistonné par une organisation politique et un candidat soutenu par eux...

Ces propositions peuvent paraître audacieuses.  Elles sont seulement pratiques et  réalistes. Que les  citoyens s'en emparent, elles s'appliqueront dès la prochaine élection municipale sans qu'il  soit nécessaire de voter une loi ou de prendre un décret, sans que les partis politiques aient la possibilité de s'y opposer. En cette période particulièrement troublée, le risque d'un dérapage de la démocratie est grand.  L'inaction serait coupable. C'est aux citoyens d'agir. La liberté n'est jamais donnée, elle se prend.  Dans les petites communes comme dans les grandes villes le temps est venu de créer les conditions d'un changement véritable qu'interdit  le système partisan. N'attendez plus, faite le vous-même !

Régis Roquetanière, le 18 octobre 2013

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Que pensez-vous du concept présenté par M. Roquetanière ? Exprimez votre point de vue.

Christian Dechartres - écrivain public, biographe - www.cd-lmdp.fr - 06.11.48.77.63 

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