Qu’est-ce qui vous fait avancer ? Qu’est-ce qui permet aux hommes de réaliser leurs rêves ? Qu’est-ce qui peut ruiner nos vies ? L’HISTOIRE nous fournit des réponses. Examinons, analysons les faits qui bouleversent notre société. Les lectures les plus diversifiées ouvrent notre esprit sur le Monde. Lire a tant de mérites : imaginer, apprendre, rêver…
On ne quitte plus l’atelier.
L’atelier vous suit. Il tient dans la poche, enfermé dans une boîte de métal et de verre. Autrefois, on passait la guérite, on laissait la sueur, le vacarme et le contremaître derrière soi. Le matricule redevenait un homme.
C’était avant.
Depuis que le siècle a basculé, l’homme porte sa chaîne à la ceinture. On l’appelle téléphone. C’est un surveillant sans paupières. Le fil est coupé, jurent-ils. Mensonge. Le fil est invisible, mais il est de fer. Il traverse les murs, s’invite à table, s’assoit entre l’homme et sa soupe, entre le père et l’enfant.
Regardez-les.
Les forçats de la connexion permanente. Le soir tombe, mais pour eux, le soleil du bureau ne se couche jamais. Une vibration contre la hanche, un signal bref, et le cerveau repart à l’usine. On obéit à un maître sans visage, réduit à une pluie de messages et de chiffres.
On appelle cela le progrès.
C’est un grignotage. Lent. Méthodique. De l’âme. La maison n’est plus un refuge : c’est une annexe. Le stress ne s’évapore plus, il s’accumule, il se dépose. On ne se repose pas ; on reste « en veille », comme ces machines qu’on n’ose jamais débrancher.
Le travail a forcé la porte de la chambre à coucher.
Il empiète, il dévore, il engloutit le repos des braves. On ne meurt plus à la tâche : on y vit jour et nuit. Et quand on demande à ces hommes pourquoi ils ne coupent pas, pourquoi ils n’éteignent pas, ils vous regardent avec des yeux de naufragés. Ils ont peur du silence.
C’est cela, le nouveau bagne.
Pas de murs. Pas de miradors. Des ondes. Et sur les visages de ceux qui ne rentrent jamais vraiment chez eux, la fatigue est déjà gravée.
Christian Dechartres - écrivain public - https://cd-lmdp.over-blog.fr