Qu’est-ce qui vous fait avancer ? Qu’est-ce qui permet aux hommes de réaliser leurs rêves ? Qu’est-ce qui peut ruiner nos vies ? L’HISTOIRE nous fournit des réponses. Examinons, analysons les faits qui bouleversent notre société. Les lectures les plus diversifiées ouvrent notre esprit sur le Monde. Lire a tant de mérites : imaginer, apprendre, rêver…
Corée : un engagement par conviction
Le lieutenant Rahmani croyait à l’intervention de l’ONU dans le conflit en Corée. Il s’est porté volontaire pour apporter sa contribution d’officier.
Il nous confie son ressenti 60 ans après les événements.
Christian Dechartres : nous avons bien compris votre conception de la vie « citoyenne ». Au déclenchement des hostilités en juin 1950, vous avez 27 ans, vous êtes mariés, vous avez des enfants, quelle fut la principale motivation qui vous a poussé à être volontaire pour le bataillon français de l’ONU ? Vous expliquez dans cet ouvrage que vous voyiez l’intervention de l’ONU comme une action salvatrice pour le peuple coréen.
Mais sur le plan personnel, en considérant votre situation familiale, on a du mal à comprendre cette décision de partir sur le front. Pouvez-vous nous éclairer à ce sujet ?
AR : j’ai choisi le métier des armes pour défendre la France, et surtout la liberté et la dignité des hommes. C’est pourquoi j’étais dans les quatre premiers citoyens du Monde. Etre officier, c’est respecter l’engagement de ses fonctions dont le devoir de servir.
Sur le plan familial, il y a un accord fondamental de partage des fonctions. En parallèle, ma femme était « officier de la famille ».
CD : vous étiez volontaire pour un engagement au début du conflit, me semble-t-il ; c’est bien cela ?
AR : oui. Au 6ème RCA (régiment de chasseurs d’Afrique), à Speyer, j’étais volontaire pour 1950 ; deux fois, j’ai été refusé par le ministère des armées à cause de mes origines indigènes, nord-africaine. Il fallut l’intervention de grandes personnalités françaises et de mon général qui ont fait pression pour obtenir mon acceptation au bataillon français de l’ONU.
Rassemblement à Auvours et départ vers la Corée
CD : D’où êtes-vous parti avec vos hommes ?
AR : Du camp d’Auvours, près du Mans.
Je devais rejoindre le port de Marseille avec eux après le rassemblement. Beaucoup de ces hommes étaient des prisonniers de droit commun ou des condamnés à mort. Il faut savoir que les détenus transférés en Corée profitaient du passage du navire à Port-Saïd (Egypte) pour plonger et s’échapper du bateau.
En arrivant à Auvours, je me suis imposé à ces hommes que je devais emmener jusqu’à Pusan (grand port de débarquement en Corée).
Le soir où j’arrivai pour prendre mon commandement, j’ai subi de leur part insultes et vulgarités. Il fallait tout de suite leur faire savoir qui j’étais.
Ils sont mal tombés car j’étais champion du pentathlon de France et sélectionné pour les JO d’Helsinki.
La brasserie du diner a été totalement saccagée par mon combat avec eux; le lendemain, à 4 h du matin, sous le froid de février, j’imposai un cross de 10 km en petite tenue.
Ce fut la stupeur des routiers et des automobilistes qui se rendaient au Mans. C’est une manière de montrer comment un chef doit s’imposer : en donnant l’exemple. Car étant officier des armes blindées, les hommes de l’unité que j’avais en charge ont osé crier « Voilà l’officier qui a besoin de sa jeep pour aller … ».
Avec ce cross de 10 km tous nus, comme moi, par ce froid de février, ils ont compris qui était leur officier.
Contrairement aux autres détachements, sur le Bateau de luxe « La Marseillaise », aucun de mes hommes ne s’est évadé et j’ai imposé au commandant de bord de les sortir de la cale où ils étaient enfermés pour les faire monter en 3ème classe et les faire participer aux manifestations qui ont duré pendant tout le mois du voyage. Tout cela sans incident.
Mon meilleur commandement restera – je le rappelle souvent – mon commandement de la SA 3ème compagnie composée essentiellement de tous les indésirables du bataillon de Corée, repris de justice, condamnés à mort et fortes têtes…
En route vers le front
Au sud, dans le détroit de Corée, la mer est relativement peu profonde et sujette à de fortes marées. La côte donnant sur la mer du Japon, est beaucoup plus rectiligne et comporte très peu d’îles. Les troupes n’arrivaient pas dans les meilleures conditions. Après un mois de mer, il leur fallait encore embarquer sur un bateau qui aura toutes les difficultés à aborder la côte coréenne.
Que peut ressentir un soldat quand il arrive sur le front ? Les obus pleuvaient, l’ennemi était caché dans des tranchées, et que dire des attaques chinoises à la baïonnette ? Une jeune recrue envoyée dans ce carnage ne pourra plus vivre comme avant, si tant est qu’elle en sort vivante. Si ces sacrifices avaient eu une quelconque utilité, cela aurait constitué une maigre consolation. Mais les 4 millions de victimes – morts et blessés – ont vainement sacrifié leur vie. L’armistice n’a servi que les intérêts des grandes puissances. Il faut en tirer les enseignements.
Christian Dechartres – www.cd-lmdp.fr – 06.11.48.77.63.