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4 articles avec grasset

« La nuit se lève » d’Élisabeth Quin

Publié le par Christian Dechartres, cd-lmdp

Élisabeth Quin découvre qu’elle risque de perdre la vue. Commence le combat contre l’angoisse et la maladie.

Comme tous ceux qui souffrent d’un glaucome, j’ai été particulièrement sensible au désarroi de la journaliste du 28 minutes sur Arte.

 

Extraits :

 

On donnerait tout pour conserver la vue : « Je donnerais la moitié de mon sang,… mon odorat, un orteil, un rein, mes cheveux, cinq ans de ma vie,… un téton, pour conserver ma vue. »

 

Pathologie sournoise : « Le glaucome est la deuxième cause de cécité dans les pays développés, après la dégénérescence maculaire liée à l’âge. »

 

« Chez un bouquiniste normand, je découvre L’Art de voir, un essai publié en 1942 par Aldous Huxley. »

 

Maladie de l’œil : « Simone était devenue complètement aveugle. Maladie de Horton. Infarctus de l’artère temporale. Altération du débit sanguin vers le nerf optique. Cécité irréversible. Les symptômes ? Fièvre, névralgies faciales, mal aux mâchoires, douleurs temporales, hypersensibilité du cuir chevelu au brossage, d’où le surnom désuet de « mal du peigne ».

 

« Le langage est voyant. Tu vois ce que je veux dire ? Regardons le problème en face. C’est tout vu. Quel m’as-tu-vu. Faut voir. Avoir un droit de regard. Jette un œil. Y aller à l’aveugle. Au regard des résultats. Au revoir ? Etc.

La langue française, les yeux fermés. »

 

Dans son ouvrage, Élisabeth Quin passe du drôle au tragique. Comment peut-on - et doit-on - envisager l’avenir quand on sait que la lumière peut s’éteindre sans possibilité de la rallumer ?

Après la lecture de La nuit se lève, vous y verrez plus clair dans l’univers des glaucomeux sévères.

 

Christian Dechartres - écrivain public - http://cd-lmdp.fr http://cd-lmdp.over-blog.fr

 

Je crois deviner qu’Élisabeth Quin souhaite - plus que tout - garder une vue imprenable sur la vie. Souhait que nous partageons tous.

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Les voleurs de beauté de Pascal Bruckner

Publié le par Christian Dechartres, cd-lmdp

Si la beauté était un crime, il faudrait punir les êtres superbes de nous infliger le spectacle de leur perfection. 

 

Extraits :

  • Je désire être vieille pour ne plus avoir à faire des choix.                                                                   
  • J’attends le désastre avec une telle ponctualité que lorsque le bonheur arrive, je ne le remarque même pas.

 

  • Hélène, qui ne connaissait pas le sens du mot "besoin " – elle n’avait que des envies – avait du mal à concevoir le monde d’où je venais, un monde où il fallait travailler pour survivre, calculer sou à sou et qui était le monde commun à une majorité de mes compatriotes.

 

  • Mamie, on est à la fin du XXe siècle, les Allemands sont nos alliés. Il n’y a plus de guerre, réveille-toi !Égarée dans son labyrinthe, la vieille femme ne reconnaissait plus personne, confondait les noms et les époques, dialoguait au téléphone avec des amis décédés. Entre deux propositions, elle laissait retomber sa tête, inerte, comme assommé par ce qu’elle énonçait.

 

  • Un détail m’étonna dans son visage : la peau de ses paupières, abondante, s’accumulait au bord des cils, tel un store enroulé en haut d’une fenêtre. On se demandait si elle les descendait le soir pour dormir.

 

  • Tels ces espions capables de reconstituer un texte tapé rien qu’au bruit de la machine à écrire, il pouvait dresser le décor de toute une existence à partir de quelques indices.

 

  • Je demeurai inflexible : je ne permettrai pas que cette maison dégénère en république d’Onan.

 

  • J’ai saisi alors que la chair est limitée au contraire de la pensée. S’attacher à la première, c’est pactiser avec la routine, cultiver la seconde, c’est lui résister, transcender l’existence insignifiante.

 

  • La force d’un récit ne réside pas dans sa conformité aux faits mais dans les ruptures qu’il provoque, le dynamisme qu’il transmet.

 

Le texte de ce livre surprend, angoisse. Pascal Bruckner renoue - dans ce roman - avec l'écriture de la cruauté qu'il affectionnait dans Lunes de fiel.

Christian Dechartres - écrivain public - http://www.cd-lmdp.fr - http://cd-lmdp.over-blog.fr

"De tout temps, la beauté a été ressentie par certains comme une secrète insulte." Claude Debussy

 

 

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« La femme de proie » de Jean-Marie Rouart

Publié le par Christian Dechartres, cd-lmdp

 

L’auteur - dans ce roman - observe la passion, dans sa cruauté et ses délires, avec un regard acéré.

 

Le narrateur est persuadé qu’il va connaître le bonheur. Cet amour se traduit par un terrible calvaire ponctué d’humiliations, de tromperies, de grands moments de solitude. La descente aux enfers.

 

L’incipit : « quand je rencontrai pour la première fois celle qui est le sujet de ce livre, je n’imaginais pas un instant le risque que je courais. Si on me l’avait prédit, j’aurais haussé les épaules. C’était plutôt le bonheur qui me faisait signe. J’ignorais quelle folie allait s’emparer de moi ; que j’allais vivre des années d’enfer, perdre mes amis, connaître la crête la plus aride de la solitude, et, après avoir ruiné cette fragile estime de soi qui protège du désespoir, être tenté de me tuer. »

 

* Quelques réflexions sur la place de l’homme dans la société :

« La vie que j’ai choisie, quand je l’examine avec un peu de recul, ne me comble pas. Pourtant je l’ai voulue. Pour simplifier, disons que j’ai, dans la profession, renoncé à ce qui me plaisait par souci de ne pas contrarier ma mère. »

« – Au fond, ce qui te manque…, c’est ce je-ne-sais-quoi de plus que possèdent les hommes de plaisir. Tu ne seras jamais qu’un homme de devoir. Ton frère lui… »

« À ne plus prêter l’oreille aux médisances, je passais pour un insociable. »

 

L’académicien montre avec une force telle que le lecteur vit en lui-même, comme la sienne propre, l’histoire (qui lui est arrivée ou qui aurait pu lui arriver…) du narrateur blessé.

 

Christian Dechartres - écrivain public -

http://www.cd-lmdp.fr - http://www.cd-lmdp.over-blog.fr/

 

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Les états d’âme de Gabriel Matzneff en 2001.

Publié le par Christian Dechartres, cd-lmdp

 

En 2001, l’écrivain contesté et poursuivi – en 2020 - pour atteintes sexuelles et viols sur mineurs affirme ne jamais avoir été un homme méchant.

Il est intéressant de lire l’avant-propos de son livre Les Soleils révolus / Journal 1979-1982dix-neuf ans après :

 

Voici mes carnets noirs 1979-1982. À ceux qui jugeraient trop agitée la vie que je mène alors, je rappelle que durant ces quatre années je conçois, écris et publie Ivre du vin perdu, que je tiens pour mon meilleur roman, écris des poèmes qui paraîtront en 1984 dans la nouvelle édition de Douze Poèmes pour Francesca, travaille à deux livres que je publierai, l'un en 1984, La Diététique de lord Byron, l'autre en 1987, Le Taureau de Phalaris. Ces années sont donc, en dépit des apparences, fort studieuses.

«Les conditions atmosphériques étant ce qu'elles sont», comme disait ma tendre amie Marie-Élisabeth, publier Les Soleils révolus en 2001 est sans doute ... intempestif. C'est pourquoi je rappelle aux hypocrites zélateurs du nouvel ordre moral, aux ligues de vertu promptes à épingler tout ce qui n'est pas « sexuellement correct», que la vie dissolue où me jeta en 1976 la trahison de Francesca prit fin en 1986 lorsque je devins l'amant de Vanessa.

1979-1982 sont des années très anciennes, et les débauches auxquelles je m'y livrais appartiennent au passé. Je crois utile de le préciser, car je note chez certains néoinquisiteurs une curieuse tendance à citer des passages (choisis, cela va de soi, parmi les plus coquins) de mes journaux intimes d'il y a vingt ans comme si je venais de les écrire, afin de me réputer pour pécheur endurci. Or si j'ai été un diable, voilà longtemps que je ne le suis plus. D'ailleurs, même du temps de mes diableries, je n'étais pas un mauvais diable. Les femmes qui m'ont aimé le savent, et mes amis, et mes lecteurs aussi. Inconstant, inconséquent, amoral, oui, souvent, trop souvent, et cela me remord, surtout la nuit, quand, invétéré insomniaque, je suis visité par les spectres de ma vie amoureuse, mais un homme méchant, qui fait le mal délibérément, non, je ne l'ai jamais été.

 

Les Soleils révolus. Vingt ans ou deux siècles, c'est la même chose, et mes amours des années 1979 à 1982 sont aussi mortes que celles de Restif ou de Casanova. Je souhaite que ce journal intime soit lu comme on lirait celui d'un écrivain du XXVIIIe siècle : comme une œuvre littéraire. Il bello de carnets sans cesse en ébullition tels que les miens, ce ne sont pas les aveux prétendus «scandaleux», mais le vif-argent du phrasé, l'écriture brute de coulée, la vie à bout portant. Bref, si ce mot a encore un sens au XXIe siècle, le style.

 

En 2014, Gabriel Matzneff avait fait l’objet d’une information judiciaire. Elle fut vite refermée. Les raisons ? Encore obscures.

 

Vanessa Springora, victime des agissements de l’écrivain, sort de son silence dans son ouvrage Le consentement chez Grasset.

Elle répond à l'écrivain Gabriel Matzneff, qui avait fait d'elle sa maîtresse alors qu’elle n’avait que 14 ans.

 

L’écrivain a-t-il bénéficié de protections ?

Vanessa Springora révèle des vérités longtemps occultées. Un écrivain coupable de faits condamnables à l’heure actuelle peut-il rester impuni sous prétexte du temps passé ? Moralement, ce n’est pas acceptable.

 

Christian Dechartres – écrivain public – http://cd-lmdp.over-blog – www.cd-lmdp.fr

Observateur de la comédie humaine

 

« Une injustice commise quelque part est une menace pour la justice dans le monde entier ». Martin Luther King

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