"Au revoir là-haut", un grand livre émouvant

Publié le par Christian Dechartres, cd-lmdp

Pour Au revoir là-haut, Pierre Lemaitre a obtenu le Goncourt 2013. L’auteur réussit dans ce livre une fresque bouleversante de la fin de la Grande Guerre et de la réinsertion forcément compliquée pour les gueules cassées.

Je ne résiste pas à la tentation de vous livrer quelques passages relevés au début du livre :

 

« Monsieur Péricourt gagnait déjà un argent fou avant la guerre, le genre de types que les crises enrichissent, à croire qu’elles sont faites pour eux. »

 

« …somme toute, une guerre mondiale, ça n’était jamais qu’une tentative de meurtre généralisée à un continent. Sauf que cette tentative-là lui avait été personnellement destinée. En regardant Édouard Péricourt, Albert revivait parfois l’instant où l’air s’était raréfié, et sa colère bouillonnait. Deux jours plus tard, il était prêt, lui aussi, à devenir un assassin. Après quatre années de guerre, il était temps. »

 

« A la manière de ces hommes qui étaient restés courbés pendant quatre ans sous la mitraille et qui, au sens propre du terme, ne s’en relèveraient plus et marcheraient ainsi leur existence entière avec ce poids invisible sur les épaules, Albert sentait que quelque chose, il en était certain, ne reviendrait jamais : la sérénité. »

 

Pierre Lemaitre produit, avec talent, une œuvre sur cette génération perdue. Son récit est impressionnant. Il emmène le lecteur au cœur de la tragédie sans tomber dans le piège du pathétique.

 

Son récit nous saisit

Nous sommes d’autant plus réceptifs à un si beau texte que nous avons été touchés, de près ou de loin, par la Grande Guerre. Mon grand-père fut mobilisé le 3 août 1914, blessé le 22 août 1914 à Ethel (Belgique), capturé le même jour, libéré le 27 juillet 1919. Sa fille – ma mère donc – est née le 5 septembre 1914. A son retour de captivité, mon grand-père découvre sa fille âgée de presque cinq ans.

Jamais je n’ai pu savoir dans quelles circonstances les éclats d’obus lui avaient labouré le bras et le flanc droits ; pas plus de succès sur la façon dont la balle lui avait scalpé une partie du crâne.

Enfant, je voyais ses blessures, mais impossible de savoir comment il avait été si durement touché. Je m’interrogeais en le regardant, qu’était-ce que la guerre ? Combien de blessures morales trainait-il depuis que les armes l’avaient meurtri ? Que pouvait-il éprouver après ses cinq années de captivité ? Comment a-t-il vécu son retour en retrouvant sa femme et en trouvant une enfant de cinq ans qu’il ne connaissait pas ? Sa fille.

 

Comme en Corée, Albert s’est fait ensevelir

Albert, dans Au revoir là-haut, me rappelle mon lieutenant de Corée avec qui j’ai écrit pendant trois années. Il fut désigné pour commander un peloton d’exécution à Nuremberg, ensuite, il fut volontaire dans le bataillon français engagé dans la guerre de Corée. Durant la seconde partie du conflit, les combats se déroulèrent comme en 14-18, une guerre de tranchées atroce. Mon lieutenant fut enseveli lors d’une attaque d’artillerie, comment fut-il sauvé ? Je n’ai jamais pu connaître les circonstances exactes malgré mes trois ans d’entretiens avec lui.  L’homme humilié ne révèle pas tous ses malheurs. C’est un peu comme si le ressort de la mémoire s’était cassé.

 

Encore un volet et la trilogie sera complète

Si vous n’avez pas déjà lu Au revoir là-haut, je vous le conseille vivement. C’est une fresque réalisée avec maîtrise et talent. Avec Couleurs de l’incendie, Pierre Lemaitre nous fait vivre le second volet de sa trilogie avec le même talent.

 

Christian Dechartres – écrivain public – www.cd-lmdp.frhttp://cd-lmdp.over-blog.fr

 

« Beaucoup reviennent de la guerre qui ne peuvent décrire la bataille. »

 

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