Elle est professeur, mariée à un "cadre", mère de deux enfants. Elle habite un appartement agréable. Pourtant, c’est une femme gelée. Texte bouleversant sur la condition féminine dans les années soixante.
Dans son enfance, elle découvre les mots des livres ! :
« Et le miracle a lieu, je ne lis plus des mots, je suis en Amérique, j’ai dix-huit ans, des serviteurs noirs, et je m’appelle Scarlett, les phrases se mettent à courir vers une fin que je voudrais retarder. »
École primaire, lycée, fac ; puis viennent le mariage, le bébé :
« Avant le chariot du supermarché, le qu’est-ce qu’on va manger ce soir, les économies pour s’acheter un canapé, une chaîne hi-fi, un appart. Avant les couches, […] le gigot qu’il aime par-dessus tout et le calcul réciproque des libertés perdues. »
« Qui pourrait encore m’attendrir si je me laissais faire, si je ne voulais pas chercher comment on s’enlise, doucettement. »
« Bien sûr, on le sait que le bonheur ne se confond pas avec la possession des choses, l’être et l’avoir, on a appris… »
« Vu de l’intérieur du F3 ou de derrière la poussette, le monde se partage en deux, les femmes qu’il pourrait avoir, les hommes que je n’aurai plus. »
Comme des milliers d’autres femmes, elle a senti l’élan, la curiosité, la force heureuse présente en elle se figer au fil des jours entre les courses, le dîner à préparer, le bain des enfants, son travail d’enseignante.
Christian Dechartres – écrivain public – http://cd-lmdp.over-blog.fr