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Écrivain public et lien social

Publié le par Christian Dechartres, cd-lmdp

Aime-t-on suffisamment ses semblables pour leur venir en aide et devenir écrivain public ? Au-delà de l’amour des mots, c’est la question qu’il faut se poser avant de se lancer dans le métier.

Jai suivi certains d’entre eux plusieurs années. J’étais devenu un partenaire précieux pour eux. On touche là toute la richesse du métier d’écrivain public.

* Une fois, jemmène un client - stressé à lidée de ne rien comprendre aux mots du notaire - pour le tranquilliser et lui mâcher le vocabulaire indigeste de lhomme de loi.

* Un autre jour, jen accompagne un chez son banquier pour l’aider à poser les questions quil ne pourra pas formuler faute de maîtriser le langage financier.

* Je soutiens un client face à un employeur indélicat.

* Jen conduis un à la Maison de la Justice en ayant pris soin auparavant de lui extraire toutes les questions quil ressasse depuis des mois. Je laide à exprimer ses demandes.

  • Elle ne peut plus rester ainsi, cest trop dangereux pour elle ; je lemmène chez le médecin agréé par le tribunal. Lexamen déterminera le niveau de protection judiciaire adapté à ses pathologies.

     

Une grande diversité dans les contacts

L’écrivain public rencontre quantité de gens extrêmement différents. Il en apprend toujours sur la nature humaine. Les travaux les plus divers lui sont demandés. Pour accomplir toutes les tâches qui lui incombent, il lui faut apprendre en permanence. C’est toute la richesse de l’activité.

Les récits de vie constituent des moments émouvants ; il n’est pas rare de voir l’interlocuteur fondre en larmes.

Christian Dechartres - écrivain public - http://cd-lmdp.over-blog.fr

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Quand l’écrivain public devient le dernier confident

Publié le par Christian Dechartres, cd-lmdp

Accompagner, c’est la vocation de l’écrivain public. Mais le lien qui se crée peut dépasser les prérogatives du métier.

Pour illustrer le propos, je citerai cette situation vécue :

Depuis trois ans que nous échangeons durant de longues heures chaque semaine, nous nous connaissons bien. Mais l’homme atteint la fin de sa vie.

Lors du dernier déjeuner, je le revois me fixer, essayant vainement de formuler un message. Pour l’aider, je lui adresse une question, puis une autre sur les sujets qui nous occupent ensemble. Incapable d’émettre le moindre son, il hoche la tête négativement.

Ah ! Je nai pas posé la question qui lui permettrait de m’envoyer le signal qui lui tient à cœur.

Je ne connaîtrai jamais le message quil veut madresser dans ses derniers instants de semi-lucidité. Sentiment de frustration.

Il partira à l’hôpital en urgence pour s’éteindre deux jours plus tard.

Il y a des rencontres qui vous marquent à jamais.

 

Christian Dechartres – écrivain public – http://cd-lmdp.over-blog.fr

 

« La tragédie de la vie est ce qui meurt à l’intérieur de l’homme pendant qu’il vit. » Albert Schweitzer

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L’écrivain public face aux demandes « insolites »

Publié le par Christian Dechartres, cd-lmdp

Allô, vous pouvez venir me voir ?

C’est pour quoi ?

J’peux pas vous dire.

Mercredi, à 9 h 30, ça vous irait ?

Non, il faut venir à 7 h 00.

Pourquoi si tôt ?

Parce que les patrons ne sont pas levés.

Je réfléchis : Je ne dois pas être vu. Pourquoi une telle peur de l’employeur ? Serais-je un danger, celui à qui l’on révèle une situation à cacher.

D’accord pour 7 h 00.

Vous passerez par l’arrière, j’ouvrirai le portillon du jardin. J’attendrai à la porte de la remise. Ne frappez pas.

Qu’est-ce qui peut bien m’attendre à ce rendez-vous pour le moins étrange ? Et si je tombe nez à nez avec le patron !

Le jour convenu, je stationne ma voiture à bonne distance. Ne pas éveiller les soupçons du patron. Le petit portillon en fer est entrouvert, il ne grince pas. Le jour n’est pas encore levé ; où est l’entrée de la remise ? J’aperçois une silhouette dans l’entrebâillement d’une porte. Je m’approche, il place son index devant sa bouche. Compris : « Ne pas parler ». Nous traversons une pièce encombrée d’objets et de meubles hors d’usage, puis un grand salon légèrement éclairé par une grande baie vitrée de la couleur d’un vitrail ; on se croirait dans une chapelle. Je heurte une petite table basse. Pas de bruit, pas de casse. Ouf ! Je n’ai réveillé personne. Il se retourne, l’index toujours en travers des lèvres « Silence ! » L’homme m’invite à presser le pas. Un escalier étroit : les marches vont-elles craquer ? Non. Arrivée sous les toits. Nous n’avons encore échangé aucun mot.

« Entrez ! » Petite pièce sous les toits. L’odeur ne trompe pas. Ici, ils cuisinent et prennent leurs repas. Je parle au pluriel car une femme est arrivée. « Apporte un café. » Effacée et apeurée, elle m’apporte la tasse fumante. À cette heure matinale, la pièce dégage une odeur de renfermé. Je manque un peu d’air. Je sors mon cahier, prêt à noter les doléances dans ce lieu étouffant. Mon client parle doucement ; ne pas réveiller les patrons.

Je vous ai fait venir tôt ; ils dorment encore à cette heure. Ils ne doivent pas vous voir.

Mais pourquoi m’avez-vous appelé ?

Avec ma femme, nous devons nous occuper d’eux le jour et la nuit. Le mari est malade et la femme est méchante.

Comment êtes-vous arrivés ici ?

Je vous expliquerai.

Ils nous terrorisent ; c’est atroce ; il faut travailler à toute heure. Nous nous épuisons.

Esclavage moderne. Mais que puis-je accomplir pour eux ?

Comment êtes-vous arrivés jusqu’à moi ?

Au cabinet médical, on m’a donné votre nom ; ils ont dit que vous pouviez nous aider.

 

Christian Dechartres - écrivain public - http://cd-lmdp.over-blog.fr

 

Durant des mois, je tenterai d’améliorer leur sort. Une famille bourgeoise avait fait venir ces esclaves modernes de l’hémisphère sud. Dénoncer de telles pratiques ? Grande question. J’ai rassemblé les cas les plus atypiques de mon activité dans un manuscrit.

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Écrivain public, que d’humanité !

Publié le par Christian Dechartres, cd-lmdp

Un métier riche en enseignements

 

Plus j’accumule les rencontres, plus ma perception du monde évolue.

Plus je cherche à comprendre la nature humaine, plus mes certitudes s’estompent.

Les jugements hâtifs à l’égard de nos concitoyens - sous prétexte qu’ils seraient différents, me blessent à chaque fois un peu plus.

Qui est différent ? Est-ce l’autre, est-ce moi ? Au fil des rencontres, des entretiens, des recherches en archives, j’ai mis un point d’honneur à respecter une éthique pour préserver celles et ceux qui m’ont fait confiance.

 

Que de belles récompenses !

 

L’exercice du métier d’écrivain public m’a permis de faire évoluer des personnes en mal de liens sociaux.

Quelle meilleure gratification que de voir des visages fermés s’illuminer après quelques rencontres ?

 

 

 

Christian Dechartres - écrivain public - http://cd-lmdp.over-blog.fr

 

« Rien n’est plus dangereux que les certitudes. »

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Une pensée pour ceux qui décrochent

Publié le par Christian Dechartres, cd-lmdp

En cette période, j’ai une pensée particulière pour les personnes que j’ai accompagnées durant toutes ces années.

 

Victimes

  • d’isolement
  • d’une rupture sociale
  • de la fracture numérique
  • d’un besoin pressant de communiquer ou d’écrire…, elles avaient toutes cette petite lumière qui semblait s’allumer dans l’œil quand j’arrivais. Quelle meilleure récompense que de voir une étincelle dans une obscurité qui se fait de plus en plus pressante ?

Je prends encore beaucoup de plaisir à en rencontrer certains parce que le monde ne fait pas de cadeaux à ceux qui décrochent.

 

Christian Dechartres - écrivain public - http://cd-lmdp.over-blog.fr

 

Je pense aussi à celles et ceux qui ont fait appel à moi pour l’écriture et/ou l’édition de leur livre.

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« La famille Martin » de David Foenkinos

Publié le par Christian Dechartres, cd-lmdp

 

Jamais je n’ai eu autant l’impression de vivre une situation connue que dans ce roman. Aborder une personne pour raconter sa vie et sentir son histoire se compliquer plus que prévu, c’est exactement ce que je ressens - à des degrés divers - lorsque j’écris pour d’autres et que je plonge dans leur vie.

 

Extraits :

 

Raison - passion : « Elle ne voulait pas manquer de considération à l’égard de son mari, mais préférait dire la vérité : à l’époque, elle avait davantage écouté le souffle de la raison que celui de la passion. » Combien de lecteurs se reconnaîtront dans ce passage !

 

« … je vois bien qu’écrire est souvent un moyen de régler ses comptes. » Que oui.

 

De l’utilité des romans : « Je suis souvent surpris de constater à quel point les lecteurs se retrouvent dans les romans, y compris ceux dont les intrigues sont les plus dérangeantes. »

 

« En se persuadant que des choses extraordinaires peuvent advenir, il arrive qu’elles se réalisent. »

 

Du travail de l’écrivain public : « J’anticipais peut-être un moment qui adviendrait, celui où mes personnages n’allaient pas supporter ce que j’allais écrire d’eux. »

 

Du renoncement : « Tout est compliqué dans les relations humaines, si bien qu’on en arrive parfois à renoncer à son désir pour éviter d’éventuelles scènes de justification. »

 

De l’éducation : « Il y aurait sûrement beaucoup moins de crises pubertaires si l’on plongeait les humains dès leur plus jeune âge dans une réalité moins narcissique. »

 

De l’écoute : « Écouter les autres requiert une attention de tous les instants, et fatigue bien plus que de parler. » Vrai !

 

De la vieillesse : « C’est la mort de l’imprévu qui marque le véritable tournant d’une vie, l’entrée dans la vieillesse. »

 

L’écrivain : « C’est le seul métier où l’on peut brasser de l’air pendant des heures en prétextant être au cœur d’une entreprise colossale (chacun ses alibis). »

 

De l’utilité de l’écrivain : « Il faudrait plonger un écrivain dans tous les groupes qui ronronnent. À vrai dire, il me semblait plus juste de penser les choses un peu différemment. Oui, j’en étais persuadé maintenant : toute personne que l’on met dans un livre devient romanesque. »

 

L’immédiateté : « C’est finalement le paradoxe de notre époque : comme nous nous sommes habitués à avoir tout immédiatement (il n’existe plus le moindre délai entre l’envie et la concrétisation de cette envie), la grande entreprise moderne consiste à créer la frustration. »

 

« … je profitais bien plus de la vie si j’avais un roman en gestation. » Pour tous les écrivains ? Pas sûr.

 

J’ai pris un réel plaisir à me laisser embarquer dans cette histoire qui m’en a rappelé bien d’autres dans l’exercice du métier d’écrivain public. Nombre de lecteurs passeront un bon moment à la lecture de « La famille Martin ».

 

Christian Dechartres - écrivain public - http://cd-lmdp.over-blog.fr - http://cd-lmdp.fr

 

En cours d’écriture, il ne faut pas se laisser distraire par d’autres histoires…

 

 

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L’écrivain public avec vous pour réaliser votre projet

Publié le par Christian Dechartres, cd-lmdp

 

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« Il n’est pire angoisse que de porter en soi une histoire que l’on n’a pas encore racontée. » Zora Neale Hurston (tête de file de la renaissance littéraire à Harlem) n’a pas cessé de mettre en pratique ses connaissances ethnographiques. Le retentissement de son ouvrage Une femme noire témoigne de la volonté que l’on porte à faire partager une histoire poignante.

 

Votre histoire existe déjà

Combien de fois n’avez-vous pas entendu cette expression : « On pourrait en faire un livre. » Quantité d’amis, de proches, de collègues pourraient raconter leur histoire pour le plus grand plaisir de leur entourage, voire plus. Il suffit de franchir le pas.

 

L’écrivain public vous guide

Écrire 200 pages, relire, corriger, composer, faire imprimer un livre, ce n’est pas à la portée du premier venu. Par quoi commencer ? En quoi croyez-vous ? Que cherchez-vous en écrivant ? En quoi votre livre changerait votre relation avec votre famille, vos amis, vos collègues ? L’écrivain public vous aide à coucher votre histoire sur le papier.

 

Votre récit prend forme

Pour répondre à toutes ces questions, l’écrivain public est là. Il met en œuvre tout le processus de la réalisation. Au fil des rencontres, le récit prend vie pour aboutir à votre livre.

Une histoire palpitante ; de la première rencontre à la remise de l’ouvrage, vous vivez une aventure sans pareil.

 

Une expérience unique

Quand arrive le moment de découvrir le livre, une grande transformation s’est opérée chez vous. Il y a un avant et un après.

 

Les clients peuvent en attester ; léguer le témoignage des événements traversés dans une vie, c’est une expérience incomparable.

Et quelle fierté de pouvoir brandir votre livre !

 

 

Christian Dechartres – écrivain public – http://cd-lmdp.over-blog.fr

 

Posons la première phrase ensemble et l’édifice montera au fil des semaines.

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L’écrivain public porte votre projet 

Publié le par Christian Dechartres, cd-lmdp

« Il n’est pire angoisse que de porter en soi une histoire que l’on n’a pas encore racontée. » Zora Neale Hurston (tête de file de la renaissance littéraire à Harlem, elle na pas cessé de mettre en pratique ses connaissances ethnographiques. Le retentissement de son ouvrage Une femme noire témoigne de la volonté que lon porte à faire partager une histoire poignante).

 

Votre histoire existe déjà

Partout, j’entends : « On pourrait en faire un livre. » Combien de gens autour de nous pourraient raconter leur histoire pour le plus grand plaisir de leur entourage, voire plus. Hélas, l’intention ne suffit pas, il faut de la volonté.

 

L’écrivain public vous guide

Écrire 200 pages, relire, corriger, mettre en page, faire imprimer un livre, ce n’est pas à la portée du premier venu. Par quoi commencer ? En quoi croyez-vous ? Que cherchez-vous en écrivant ? À qui voulez-vous parler ? En quoi votre livre changerait votre relation avec votre famille, vos amis, vos collègues ?

 

Votre récit prend forme

Pour répondre à toutes ces questions, l’écrivain public est là. Il met en œuvre tout le processus de la réalisation. Au fil des rencontres, le récit prend vie pour aboutir à votre livre.

Une histoire palpitante ; de la première rencontre à la remise de l’ouvrage, vous vivez une aventure sans pareil.

 

Vous vivez une expérience unique

Quand arrive le moment de découvrir le livre, une grande transformation s’est opérée chez celle ou celui qui a tout raconté.

Les clients peuvent en attester ; léguer le témoignage des événements traversés dans une vie, c’est une expérience marquante, incomparable.

 

Christian Dechartres – écrivain public – http://cd-lmdp.over-blog.fr

 

Posons la première phrase ensemble et la voie est toute tracée.

 

 

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Écrivain public : que de belles rencontres, quel travail passionnant

Publié le par Christian Dechartres, cd-lmdp

« Monsieur Dechartres, venez me voir ; j’ai des documents à vous faire lire. On ne vous a jamais présenté pareille histoire. »

Au fond de moi, je pense que Monsieur Blok abuse. Les documents que je découvre chez mes clients tournent toujours un autour des mêmes sujets. Que ce soit lors de la Grande Guerre, en Indochine, en Algérie, pendant la Seconde Guerre mondiale, je retrouve souvent les blessures physiques et mentales, la famille dans l’attente d’un fils, un combat atroce qui marque à jamais le soldat.

 

Monsieur Blok[1] insiste. Il m’affirme que son histoire entre dans la catégorie du « jamais vu ».

 

Il habite à une heure de route, mais il m’a l’air tellement enthousiaste que je dois lui rendre visite.

 

Il me narre une histoire inédite dans mon répertoire

« En 38, après les accords de Munich, mon père a compris que la guerre était inévitable. Nous habitions Strasbourg à une centaine de mètres de la frontière. Il a cherché une maison en Touraine pour y mettre toute sa famille à l’abri.

En 39, la guerre éclate, mon père est mobilisé comme capitaine dans la 9e armée de Giraud. Il sera fait prisonnier le même jour que son général d’armée. Mais le plus improbable, c’est qu’il a conduit une colonne de prisonniers français du nord de la France vers l’Allemagne ; le commandement allemand lui avait donné un ordre de mission. Mon père – non escorté, derrière les lignes - l’a exécuté. Il savait ce qu’il pouvait en coûter de désobéir. C’est tout de même peu banal de voir en juin 1940 une colonne de prisonniers français commandée par un officier français parce que les troupes allemandes étaient trop occupées par leur avancée fulgurante. »

 

Des trésors pour la mémoire collective

Monsieur Blok me montre toutes les archives de son père. Il tenait un carnet de bord qu’il renseignait chaque jour. Les anecdotes révélées dans ses cahiers font prendre la mesure des véritables difficultés de la population lors de l’avancée des panzers et montrent comment les Français devaient se plier aux ordres des Kommandanturs par la suite.

 

Le papa de mon interlocuteur, le capitaine Blok, dans le cadre de la mission qui lui avait été confiée, a donné des ordres à des soldats allemands lors du déplacement de la colonne de Français en route pour l’Allemagne.

Je dois avouer que je n’avais jamais vu une histoire aussi invraisemblable.

 

La recherche des détails dans les archives

Je me suis lancé à la recherche d’archives que j’ai consultées au service historique de la défense à Caen. J’y ai trouvé les documents relatifs à sa capture, son internement dans l’Oflag IV D en Silésie. D’origine alsacienne, il avait refusé la nationalité allemande. Ça lui a valu l’internement.

J’ai interrogé des personnes âgées des villages traversés par la colonne de prisonniers de Blok. Depuis 2013, j’ai constitué un manuscrit de 250 pages. J’avais déjà édité un ouvrage en 2014 reprenant l’histoire du capitaine alsacien. Maintenant, j’étoffe le récit, j’y explique les évènements concomitants à l’avancement des prisonniers menés par le capitaine Blok du nord de la France à l’Allemagne.

 

Je dois faire éditer cet ouvrage

Quand je lis Pierre Lemaître – « Au revoir là-haut » et « Couleurs de l’incendie » - aux éditions Albin Michel, je vois mon capitaine Blok, déjà combattant lors de la Grande Guerre et flairant la seconde.

J’ai appris que Pierre Lemaître avait l’intention de poursuivre sa trilogie dans le cadre des événements de mai juin 1940. Si seulement je pouvais passer un moment avec le Goncourt 2013 pour évoquer mes recherches ! Pierre Lemaitre réussit, en abordant des sujets graves, à passionner les lecteurs. Avec lui, on touche du doigt les liens très forts entre l’écriture et la vie.

 

Christian Dechartres – écrivain public – www.cd-lmdp.frhttp://cd-lmdp.over-blog.fr

 

« Depuis six mille ans, la guerre

Plaît aux peuples querelleurs,

Et Dieu perd son temps à faire

Les étoiles et les fleurs. »

Victor Hugo

 

[1] Pour des raisons « éditoriales », les noms ont été modifiés.

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Mon premier rendez-vous d'écrivain public

Publié le par Christian Dechartres, cd-lmdp

La première fois, c’est toujours un moment émouvant. Les circonstances de la rencontre avec mon premier client resteront gravées dans ma mémoire.

 

Une première demande intrigante

Mon téléphone sonne : un homme - avec un accent que je ne parviens pas à définir - marmonne de façon peu audible. Pourquoi s’exprime-t-il ainsi ? J’ai l’impression qu’il ne peut pas parler librement.

« Pouvez-vous venir jeudi matin ?

  • Oui, à 8 ou 9 h 00 ; donnez-moi votre adresse.
  • Non, non, il faut venir plus tôt, à 7 h 00, même avant si vous pouvez. »

Quelles raisons peuvent le pousser à me faire venir à une heure aussi matinale ?

« Si vous voulez, je viendrai à 7 h 00. À quelle adresse ?

  • La maison à 200 mètres du château dans la rue… Et il me décrit la demeure. Passez à l’arrière, ne sonnez pas à l’entrée.
  • Entendu. »

Je me demande bien ce qui m’attend le jeudi matin. Pourquoi autant de mystère ?

 

Un rendez-vous peu ordinaire

Il est à peine 7 h 00, j’arrive devant la maison. Ne pas sonner à l’entrée principale. Aller derrière par une issue de service. J’ai retenu les consignes.

Me voilà devant cette porte, je frappe doucement. Pas de réponse. J’attends un peu, je cogne à nouveau sur l’huisserie bois qui manque de peinture.

Un bruit de clés, la poignée tourne, mon homme apparaît. Originaire de l’hémisphère sud, tout maigrichon, il me regarde et met son doigt devant la bouche. J’ai compris le message : se taire.

Il me fait signe de le suivre. Nous traversons un débarras, une arrière-cuisine, une odeur de renfermé me prend à la gorge. Je ne dis mot. Nous montons un escalier pour arriver sous les toits. Une petite cuisine, deux chaises, une table. Je pose ma sacoche comme je le peux. Objectif : noter la demande de mon premier client.

 

Je découvre la misère

« On va parler doucement, mes patrons ne sont pas encore debout, on a peu de temps. »

Par ce début d’explication, je comprends le contexte. Son épouse apparaît discrètement, elle ne parle pas.

« On nous a fait venir pour nous occuper des parents du châtelain. Le jour comme la nuit, il faut répondre à leurs appels. »

Mon client et sa femme ont l’air épuisés. Je comprends que l’homme âgé – à leur charge - souffre et demande souvent de l’aide. Pour ne rien arranger, sa femme fait preuve d’un caractère acariâtre. Mon petit homme chétif m’explique à voix basse le contexte difficile.

Qu’est-ce que je viens faire ici ? Je comprends vite. Mon client est atteint d’une maladie rare. Son « patron », le châtelain, fils de ces personnes âgées, ignore la pathologie du serviteur qu’il a fait venir d’un pays bien au sud de l’équateur.

Les peurs de mon client : ne plus pouvoir assumer ce travail d’esclave moderne, ne pas pouvoir se soigner. De cette rencontre, débutera une relation longue avec lui avec deux objectifs à atteindre : lui permettre d’entrevoir la guérison et qu’il puisse assumer le travail dans des conditions de semi-clandestinité.

Durant plusieurs années, je travaillerai pour ce pauvre homme. Il avait besoin de soins et il devait envisager une issue à cette situation.

 

Derrière les demeures somptueuses

Ce dossier, riche d’enseignements, restera pour moi une preuve que l’esclavage n’est pas aboli. Je regarde d’un autre œil les donneurs de leçons sur l’immigration et sur les soins gratuits. Le cas de mon client n’est pas unique. Quand l’esclave n’est plus capable de répondre aux demandes de son patron, il se retrouve à la rue.

Maintenant, quand je passe devant les grands murs de ces demeures bourgeoises, je repense à mon client. Comme lui, nombre de travailleurs venus d’ailleurs obéissent avec la peur de perdre un petit subside.

Pour mon premier dossier, j’ai découvert un monde que peu de gens imaginent, mais pourtant bien réel.
 

Christian Dechartres – écrivain public – www.cd-lmdp.frhttp://cd-lmdp.over-blog.fr

 

« C’est la force et la liberté qui font les excellents hommes. La faiblesse et l’esclavage n’ont jamais fait que des méchants. » J.-J. Rousseau.

 

 

Service personnalisé, adapté à chaque client

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